Comment fonctionne l'esprit d'un agresseur ?

Un agresseur est narcissique et contrôlant. De plus, il manque d'empathie et agit souvent de manière subtile.
Comment fonctionne l'esprit d'un agresseur ?

Dernière mise à jour : 25 juillet, 2022

Face aux épisodes de violence, de nombreuses questions se posent : “Que lui est-il arrivé ?”,  “Qu’est-ce qui a poussé telle personne à frapper l’autre ?”. Les réponses sont rarement conformes. Pour essayer de le comprendre, il faut savoir comment fonctionne l’esprit d’un agresseur.

En général, nous avons tendance à considérer la violence comme un moment et non comme un continuum. En d’autres termes, comme une circonstance spécifique et non comme une “façon de procéder et d’être”. Nous la voyons même comme si c’était “quelqu’un d’autre” et non comme quelque chose faisant partie et liée à nos préjugés et nos idées. Approfondissons.

Comment fonctionne l’esprit d’un agresseur ?

Il n’y a pas de profil spécifique d’agresseur, mais il existe des traits communs. Parmi eux, figurent les suivants :

  • Distorsions cognitives
  • Manque  d’empathie
  • Déficits au niveau des compétences sociales, de communication et de résolution de problèmes.

Quant aux distorsions cognitives, elles se caractérisent par des croyances patriarcales, qui justifient la domination des hommes sur les femmes, par exemple. Dans l’esprit d’un agresseur, le pouvoir est un concept clé.

L’agresseur cherche à exercer un contrôle sur les autres, il s’en croit le droit et il se reconnaît supérieur. Par conséquent, il ne s’arrête pas pour penser avec empathie et ne remarque pas les droits des autres. Il ne reconnaît ni n’admet des points de vue différents des siens et cherche à s’imposer.

Même s’il est incapable de se reconnaître responsable, il emploie diverses stratégies pour « résoudre » les conflits. Il minimise les faits, se victimise, nie la violence, entre autres. Le gaslighting est une pratique courante, par exemple.

Comment fonctionne l'esprit d'un agresseur ?
L’agresseur a peu d’empathie et a de graves difficultés à résoudre les problèmes. De plus, il a tendance à se victimiser.

Un agresseur agit subtilement…

En général, on admet qu’il est difficile de reconnaître les agresseurs, car ils ont tendance à très bien fonctionner sur le plan social ; à première vue, ils sont charmants et engageants. Leurs abus ne sont généralement pas aveugles, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas dirigés contre toutes les personnes de leur entourage. Au contraire, ils sont généralement dirigés vers quelqu’un de spécifique.

De nombreuses enquêtes portent sur les abus dus au déficit de la gestion émotionnelle. Il existe un dérèglement émotionnel qui facilite le “passage à l’acte” de la violence. À ce stade, le manque de contrôle des impulsions et la colère sont essentiels pour comprendre la raison de l’abus.

D’autre part, le contexte et la socialisation de genre ont une énorme influence sur la qualité des relations. Si tout au long de notre éducation — et dans les interactions dans la vie en général — nous entendons dire que les hommes ont plus de droits que les femmes ou qu’ils sont plus forts, la conséquence peut être de se comporter en toute impunité, sans se préoccuper de ce que les autres ressentent ni des conséquences de ses propres actions.



En bref…

Les principales caractéristiques de l’esprit et de la personnalité d’un agresseur sont les suivantes :

  • Égocentrisme et narcissisme. C’est ce qu’il montre, mais dans le même temps, un agresseur est peu sûr de lui.
  • Intolérance, rigidité
  • Minimisation des faits et responsabilité
  • Pensées en termes de tout ou rien, noir ou blanc



Quelques précisions pour comprendre le phénomène de la maltraitance

Avant toute chose, il est important de retracer quelques mythes répandus. Dans de nombreux cas, on a eu tendance à assimiler la violence sexiste à des pathologies ou des maladies mentales. Seule une petite partie de ceux qui se montrent agressifs souffrent d’un trouble mental.

Il faut être très prudent car, parfois, la violence est justifiée par un diagnostic, avec un double effet néfaste ; la personne qui a un trouble est stigmatisée, et les actions d’un sujet violent sont justifiées.

En plus de ce qui précède, il faut admettre que bien que le contexte influence, toutes les personnes qui ont grandi dans un environnement hostile n’exerceront pas la violence. C’est-à-dire que le contexte éducatif ne détermine pas le comportement agressif.

La maltraitance est un phénomène multidimensionnel complexe. Par conséquent, les approches doivent être globales et non simplistes.

La clé est dans la prévention et dans l’échange d’idées

Il est très important de continuer à sensibiliser à la maltraitance et à son identification précoce, notamment parmi les adolescents. De cette façon, nous pourrons aider à la fois ceux qui en souffrent et ceux qui l’exercent, en anticipant les conséquences psychologiques, émotionnelles et physiques.

Il faut “déromantiser” la jalousie et le contrôle dans le couple. Les croyances sur “l’amour romantique” sont parfois confondues avec le contrôle, ce qui conduit à l’augmentation des situations légèrement violentes. Au fil du temps, ces situations deviennent problématiques.

Les différentes formes de maltraitance doivent également être rendues visibles, la violence physique étant souvent assimilée à la seule forme existante. Or, la violence psychologique est très fréquente et entraîne des conséquences considérables.

La clé est dans la prévention et dans l'échange d'idées
Rendre visibles les formes de maltraitance est déterminant pour y faire face. De plus, il convient de changer certains concepts autour de l’amour romantique.

L’esprit d’un agresseur : un triple front à aborder

Conformément à la multidimensionnalité du problème, il est nécessaire de se concentrer sur le travail avec toutes les personnes impliquées dans la situation de violence : le sujet, la victime et tout l’environnement.

Concernant le sujet agresseur, il existe différents programmes thérapeutiques pour initier un traitement. Parmi les principaux objectifs, figurent la reconnaissance de la responsabilité dans les faits et le travail sur les croyances biaisées. Bien entendu, l’envie de changer et l’engagement envers le traitement seront essentiels.

D’autre part, en ce qui concerne l’environnement, voici ce que dit Miguel Lorente Acosta à propos de la violence sexiste et de sa relation avec la masculinité, “Si nous revenons sur le chemin et suivons les miettes de chacun des étapes qui ont conduit à la violence domestique, nous constatons que son origine se trouve dans la manière de comprendre la masculinité.”[/ atomik-quote]

Ainsi, si l’agresseur vit dans un environnement qui accepte et promeut la violence comme une ressource valable pour résoudre les problèmes, et si nous n’intervenons pas à ce niveau, le travail sera incomplet.

Enfin, concernant la personne qui vit la violence, un accompagnement pour développer des ressources qui lui permettent de « sortir » de la situation de maltraitance, ainsi que de faire face aux séquelles sera essentiel. En d’autres termes, la seule issue possible à la violence est une approche collective.

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