La poignée de main et autres formes de salut : d'où viennent ces gestes que nous faisons aujourd'hui sans y penser ?

Il y a des gestes que nous faisons plusieurs fois par jour sans nous demander pourquoi. Tendre la main droite lorsqu’on rencontre quelqu’un, incliner légèrement la tête, échanger deux baisers ou se taper dans les poings sont des rituels tellement automatisés qu’on a l’impression qu’ils ont toujours existé tels que nous les connaissons.
Pourtant, chacun d’entre eux cache une histoire, et bien souvent, cette histoire en dit long sur la manière dont les êtres humains ont géré la confiance, la hiérarchie et la proximité au fil du temps.
Retracer l’origine de ces gestes n’est pas seulement une curiosité historique. Cela aide à comprendre pourquoi certaines salutations continuent de véhiculer une tension sociale dont on ne sait pas vraiment d’où elle vient, et pourquoi d’autres ont évolué si rapidement en raison de la pandémie.
La poignée de main : un signe que l’on n’est pas armé
L’hypothèse la plus répandue concernant la poignée de main situe son origine dans la Grèce antique et au Moyen Âge, où présenter la main droite ouverte et tendue était une manière de montrer que l’on ne portait aucune arme. Le mouvement consistant à secouer le bras aurait servi, dans un premier temps, à vérifier qu’il n’y avait rien de caché dans la manche non plus.
Au fil du temps, ce geste est passé d’une vérification de sécurité à un symbole d’accord. Les marchands l’utilisaient pour sceller des accords ; les quakers, au XVIIe siècle, l’ont popularisé comme alternative égalitaire aux révérences de l’aristocratie.
Aujourd’hui, nous l’utilisons pour tout : présentations, adieux, conclusions d’affaires, entretiens d’embauche. La paume ouverte ne vérifie plus l’absence d’épée, mais continue de communiquer quelque chose de similaire : une ouverture d’esprit, de la transparence, une volonté de rencontre.
La révérence : le corps comme langage de la hiérarchie
Incliner la tête ou le corps devant une autre personne est une pratique présente dans des cultures très différentes, du Japon à l’Europe médiévale, et la logique sous-jacente est similaire dans toutes : exposer la partie la plus vulnérable du corps — la nuque, le dos — en signe de confiance et de reconnaissance de la position de l’autre. Plus l’inclinaison est profonde, plus le respect ou la différence de rang est grand.
Au Japon, l’angle de la révérence obéit à des règles assez précises selon le contexte ; en Occident, la révérence formelle a presque disparu des relations quotidiennes et ne subsiste principalement que dans les cérémonies protocolaires, au théâtre ou dans certaines traditions religieuses.
Ce qui a toutefois perduré, c’est le geste résiduel consistant à baisser légèrement la tête lorsqu’on rencontre quelqu’un, qui, dans de nombreux contextes, continue de fonctionner comme un signe de reconnaissance minimale.
Les deux baisers : une question de géographie plus que d’affection
La salutation par des baisers sur la joue n’est ni universelle ni constante. En Espagne, on en donne deux ; dans de nombreux pays d’Amérique latine, un seul ; en France, trois ou quatre selon la région. Dans les pays anglo-saxons, elle est pratiquement inexistante en tant que salutation formelle entre inconnus.
Cette carte irrégulière suggère que ce geste ne répond pas à une logique universelle d’affection, mais à des conventions qui se sont fixées par imitation et en fonction du contexte social.
Pendant la pandémie, sa disparition forcée a mis en évidence un fait intéressant : beaucoup de gens ont découvert qu’ils le pratiquaient par habitude plutôt que par choix, et certains — surtout dans des contextes professionnels — n’ont pas eu l’impression d’avoir perdu grand-chose. Le retour à cette pratique n’a pas été automatique dans tous les domaines.
Le « high five » et les salutations les plus récentes
Le « coup de poing », popularisé dans les milieux sportifs et chez les jeunes, a une origine moins bien documentée que les précédentes. Il a servi d’alternative hygiénique avant que l’hygiène ne devienne une préoccupation généralisée, et a largement gagné du terrain pendant la pandémie en tant que substitut acceptable dans les contextes où la poignée de main ne semblait plus appropriée.
Les salutations évoluent en fonction de ce que la société doit gérer à chaque instant : confiance, distance, égalité, respect. Bon nombre des gestes que nous faisons aujourd’hui sans y penser remplissent exactement ce rôle depuis des siècles, et continueront à évoluer chaque fois que les conditions qui les ont créés changeront elles aussi.
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