Amaxophobie : la peur de conduire

La peur de conduire est une réponse normale de notre corps qui peut nous maintenir en alerte. Cependant, certaines personnes peuvent développer l'amaxophobie, la peur irrationnelle et incontrôlée de prendre le volant.
Amaxophobie : la peur de conduire

Dernière mise à jour : 17 novembre, 2021

Nous connaissons tous quelqu’un qui a peur de conduire. Dans sa forme la plus grave, cette peur peut conduire à ce que la psychologie appelle l’amaxophobie.

33 % des conducteurs dans le monde souffrent dans une certaine mesure de cette peur de conduire, les femmes étant les plus sujettes. En Espagne, on estime que 4 % des conducteurs en souffrent et, parmi eux, 87,5 % sont des femmes et 12,5 % sont des hommes.

Qu’est-ce que l’amaxophobie ?

L’amaxophobie est la peur irrationnelle de conduire ou de devoir prendre le volant d’un véhicule. Le mot est un composé de deux lexèmes grecs : amaxi qui signifie « véhicule » et phobia qui signifie « phobie ».

Il est important de noter que « peur » n’est pas la même chose que « phobie ». Dans cette dernière, l’émotion survient déformée, exagérée, irrationnelle et définitivement non contrôlée. C’est pourquoi l’amaxophobie est classée comme un trouble anxieux. Elle entraîne des conséquences négatives sur la vie et les habitudes des personnes.

À l’inverse, la peur a une base rationnelle et peut être contrôlée. La peur de conduire est caractéristique, par exemple, chez les conducteurs novices, et elle s’atténuera avec la pratique à mesure qu’ils deviendront confiants au volant.

Quelles sont les phobies les plus courantes dans le monde ?

Quelle en est la cause ?

Selon le psychologue clinicien Javier Díaz Calero, expert dans le traitement de cette phobie et créateur du site Conduce sin miedo (Conduis sans peur), les personnes souffrant d’amaxophobie peuvent être classées en trois catégories selon le moment et la situation à l’origine du développement du trouble.

Première catégorie : les conducteurs novices

La première catégorie est celle de ceux qui viennent d’obtenir leur permis de conduire. Ce groupe souffre naturellement d’un stress au volant qui est progressivement surmonté par l’expérience. Cette peur de conduire est normale et il n’y a pas lieu de s’inquiéter.

Cependant, il existe un petit groupe (3 % des conducteurs novices) qui est incapable de le contrôler et peut finir par développer une amaxophobie. Dans ces cas, lorsque les individus essaient de nouveau de conduire, ils deviennent très nerveux et finissent par arrêter.

Díaz Calero explique qu’une préoccupation « obsessionnelle » apparaît chez ces personnes. De plus, elles ne supportent pas de se sentir jugées par les autres conducteurs. En Espagne, cette catégorie représente 25 % des amaxophobes.

Deuxième catégorie : la phobie est liée à un épisode d’anxiété

Cette deuxième catégorie est composée de conducteurs plus expérimentés. Ce sont des conducteurs qui développent une phobie après avoir subi un épisode d’anxiété au volant. Normalement, cette crise coïncide avec une période de stress.

De manière générale, ce sont des conducteurs avec cinq ans d’expérience qui n’ont jamais eu de symptômes auparavant. Le développement de la phobie se déroule généralement en deux étapes :

  • Dans la première, les conducteurs essaient d’éviter à tout prix l’endroit où ils ont subi la crise
  • Dans la deuxième, ils développent une telle agitation à la simple idée de conduire. La peur de conduire peut les amener à abandonner cette activité. C’est le groupe majoritaire, et en Espagne il représente 60 % de ceux qui souffrent de ce trouble.

Troisième catégorie : apparition de l’amaxophobie après une expérience traumatisante

Enfin, la troisième catégorie comprend ceux qui ont vécu une expérience traumatisante au volant ou dans un véhicule. Un accident de voiture dans le passé par exemple. Ainsi, lorsqu’ils sont exposés à des situations similaires, ils réagissent avec anxiété.

“Lorsqu’ils sont confrontés à une situation similaire à celle de l’accident, une réponse est généralement activée immédiatement sous la forme d’une anxiété qui génère la peur que cette situation ne se reproduise.”, explique Díaz Calero.

Selon le psychologue, les amaxophobes ont souvent des pensées catastrophiques sur ce qui pourrait arriver s’ils ont une crise d’angoisse au volant. Ils se sentent alors incapables de conduire et finissent par éviter certains itinéraires ou certaines situations, ou bien ils abandonnent complètement la conduite.

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Comment l’amaxophobie se manifeste-t-elle ?

Il existe toute une gamme de symptômes qui vont du physico-chimique au mental. De plus, ces symptômes peuvent se manifester à différents degrés. Il peut s’agir de symptômes cognitifs, émotionnels, physiologiques et comportementaux.

  • Est-ce que la possibilité de vous blesser ou de blesser quelqu’un d’autre en conduisant est très stressante ?
    • Si votre réponse est affirmative, vous présentez la forme cognitive de ce trouble. Les amaxophobes ont des pensées catastrophiques liées à un accident ou à une perte de contrôle. En fin de compte, il y a la peur de mourir ou de causer la mort à d’autres personnes.
  • Avez-vous déjà ressenti de l’insécurité, des tensions musculaires, des raideurs, une accélération du rythme cardiaque, eu des nausées, des étourdissements, ressenti une sensation de bras lâches, de jambes lâches ou eu une vision floue en conduisant ?
    • Tous ces symptômes physiologiques indiquent stress et anxiété.
  • Avez-vous ressenti le besoin d’être accompagné par quelqu’un pour pouvoir conduire ? Qu’est-ce qui vous fait ralentir ? Conduisez-vous uniquement sur certains itinéraires ?
    • Les personnes atteintes de ce trouble évitent de conduire ou ne le font que dans des conditions spécifiques. Il est important de prendre en compte cet aspect, car il détermine en grande partie le degré d’amaxophobie.

D’autre part, il est essentiel de rappeler que les personnes qui souffrent de ce trouble « ont peur de perdre le contrôle de la voiture et en viennent à penser à des situations pratiquement impossibles. Elles sont obsédées par la possibilité d’écraser quelqu’un sans s’en rendre compte », explique le psychologue Encarni Ayoso Galisteo.

Il est possible que sans une identification de la cause et sans taitement, la phobie augmente au point de devenir une situation chronique. La personne sera alors incapable de conduire.

Anxiété à conduire

Les conséquences

Il existe différents degrés d’amaxophobie. Cela va de la peur de prendre un virage ou de conduire sur l’autoroute à ne pas pouvoir prendre le volant sans paniquer. En fonction de la gravité de la phobie, divers problèmes surviendront.

L’une des premières conséquences est la dépendance. La peur de conduire peut empêcher une personne de se déplacer seule. Cette peur affecte également la vie personnelle et professionnelle. Par exemple, il y a des emplois qui nécessitent de se déplacer en véhicule, et un amaxophobe ne pourra pas le faire.

D’autre part, ce problème peut entraîner une détérioration de l’estime de soi. La personne affectée peut se sentir frustrée, incompétente et même inférieure aux autres.

Quelques conseils pour surmonter l’amaxophobie

Vouloir, c’est pouvoir !

Il est essentiel de prendre conscience que vous avez un problème, et que vous voulez le surmonter. C’est un travail mental.

Identifiez l’origine de la peur

Afin de traiter cette phobie, il est très important de déterminer d’où elle vient et ce qui l’a provoquée. Faites l’exercice seul ou avec une personne de confiance et essayez de remarquer les situations qui vous rendent anxieux au volant.

Conduisez !

Pour traiter l’amaxophie, une exposition systématique à la source de la phobie est nécessaire. “Il faut monter dans la voiture et faire face au fait que cela provoque de l’anxiété”, explique Encarni Ayoso.

Allez-y progressivement

Certes, il faut affronter le stimulus qui génère la phobie, mais l’exposition doit être progressive. Et ce, afin que vous gagniez en confiance.

Pour ce faire, vous devez commencer à conduire dans des zones calmes et peu fréquentées. Ensuite, l’intensité de vos sorties augmentera au fur et à mesure que vous vous sentirez à l’aise au volant. Il est également recommandé de noter dans un cahier ce que vous ressentez à la fin de chaque voyage.

Par ailleurs, la compagnie de quelqu’un d’autre lors de ces voyages serait idéale. Cela vous rassurera et vous éviterez ainsi certains problèmes.

Contrôlez les symptômes

Lorsque des symptômes physiologiques apparaissent, essayez de les calmer avec des exercices de respiration abdominale et de relaxation musculaire. Aussi, il est important de réguler les pensées à l’avance, et ce, pour éviter les pensées catastrophiques. Vous devez rester positif et évaluer les risques en conduisant.

Sollicitez de l’aide

Si la peur est incontrôlable et semble vous envahir, il est préférable de demander l’aide d’un professionnel. Un psychologue sera habilité à déterminer avec précision l’origine du problème, en plus d’offrir un soutien pendant le processus de rétablissement.

Amaxophobie : peur de conduire.

Comment savoir si je souffre d’amaxophobie ?

Évaluez vos symptômes selon les informations livrées dans cet article. Si vous constatez que vous êtes incapable d’avancer ou que vous perdez le contrôle de vos émotions, vous aurez peut-être besoin d’une aide professionnelle.

Ce trouble n’est pas lié à l’habileté du conducteur, ni à son expérience. Tout le monde peut développer cette phobie, qu’il s’agisse d’un débutant ou d’une personne expérimentée. Par exemple, un conducteur avec 20 ans d’expérience peut souffrir dl’amaxophobie après avoir été témoin d’un accident ou avoir vécu une sorte de traumatisme personnel.

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