Chimiophobie : peur excessive des produits chimiques

2 février 2020
La chimiophobie, ou la peur excessive des produits chimiques, a commencé comme une tendance exagérée et est devenue une obsession pour beaucoup. D'une part, il existe des produits chimiques dans toute la nature. D'autre part, la civilisation actuelle est rendue possible en grande partie grâce au développement de la chimie.

Cela a commencé comme une rumeur, qui s’est ensuite transformée en mode, puis en tendance, et enfin en phobie. « Sans conservateurs », « Sans produits chimiques », « sans colorants artificiels » sont quelques-unes des publicités qui déclenchent une revendication du « naturel ». Cela a donné lieu à un phénomène appelé chimiophobie, à savoir la peur excessive des produits chimiques.

Sans savoir exactement comment, ni pourquoi, le terme « chimique » est devenu soudainement l’antonyme de « naturel ». Comme si la chimie ne faisait pas partie de l’essence de la nature, et par conséquent, de l’être humain. C’est ce malentendu qui a conduit de nombreuses personnes à développer la chimiophobie, la peur excessive des produits chimiques.

Derrière les fans du « naturel’, il y a beaucoup de démagogie, davantage de fausses informations et, très certainement, une stratégie de marketing. Cette hystérie collective ne favorise pas la santé. Au contraire, elle déclenche des peurs et des angoisses, et conduit à des pratiques qui ne font de bien à personne.

Chimiophobie, la peur excessive des produits chimiques

La chimiophobie, la peur excessive des produits chimiques, trouve son origine dans les années 60. Le précédent le plus visible de cette peur irrationnelle a été la publication d’un livre intitulé Printemps Silencieux, de Rachel Carson. 

Le livre parle essentiellement de la pollution produite par les pesticides. Il est considéré comme l’un des livres les plus importants de vulgarisation scientifique de tous les temps. Cependant, cela a également conduit quelques personnes à alimenter une peur irrationnelle envers toutes sortes de produits chimiques.

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Par ailleurs, la chimiophobie, la peur excessive des produits chimiques, a entraîné une prolifération d’habitudes malsaines. Par exemple, de nombreuses personnes s’abstiennent aujourd’hui de consommer du poisson et des crustacés parce qu’elles pensent qu’ils sont tous contaminés par le mercure. En réalité, s’ils en contiennent, c’est toujours dans une proportion inoffensive.

Du fait de la chimiophobie, certaines personnes ont peur de manger du poisson car il contient du mercure

Le mythe du naturel et du « chimique »

Il y a quelques temps, dans une ville des Etats-Unis, un panneau a été placé près d’une rivière. Ce dernier disait : « Attention, l’eau contient de grandes quantités d’hydrogène« . Les baigneurs qui y passaient beaucoup de temps, ont cessé d’y aller.

Cette information révélait quelque chose d’absolument certain : l’eau se compose d’hydrogène et d’oxygène, le premier en proportion double par rapport au second. C’est un exemple parfait de chimiophobie.

En vérité, quasiment tout ce que nous voyons, goûtons et touchons contient des substances chimiques. Elles font partie de la nature et ne s’y opposent pas.

Par ailleurs, une bonne partie des substances chimiques sont dans la nature, alors que d’autres sont synthétiques. Autrement dit, elles sont produites par le biais d’une transformation industrielle. Aussi bien les substances chimiques naturelles que synthétiques peuvent être nuisibles ou bienfaisantes pour l’être humain. Tout dépend de la quantité, mais aussi de la manière dont elles atteignent notre organisme.

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Qu’est-ce qui est nocif ?

Un scientifique qui a vécu il y a presque de 5 siècles a dit : « c’est la dose qui fait le poison ». Il se nommait Paracelse et sa déclaration était vraie. En effet, si une personne boit de l’eau sans s’arrêter, elle pourrait en mourir. De même, si elle consomme plus de 50 verres de vodka d’affilée ,elle peut également en mourir.

En revanche, une quantité infime d’une substance nocive est peu susceptible d’affecter l’organisme. Ajouté à cela, jamais auparavant il n’y a eu autant de réglementations concernant les produits traités avec des substances chimiques. Qu’il s’agisse de médecine, d’aliments, de cosmétiques, etc.

Si tous les produits de synthèse étaient interdits aujourd’hui, nous serions dans un état d’effondrement. En principe, il serait impossible d’avoir de la nourriture disponible pour tous les habitants de la planète. Il faudrait renoncer aux médicaments, au plastique et à toute la technologie.

Une femme concernée par la chimiophobie qui lit la notice d'un médicament

La chimiophobie et le marketing

Il faut souligner que derrière de nombreux produits qui sont annoncés comme « naturels », il y a une forme de démagogie et d’abus. Dans le sel « non salé » vendu dans certains supermarchés, on trouve seulement du chlorure de potassium à la place du chlorure de sodium, ce qui pourrait être encore plus nocif.

Un pain naturel dans toute sa composition n’existe pas. Pousse-t-il par hasard sur les arbres ? Contient-t-il des légumes et des graisses provenant d’une certaine transformation ? Il n’existe pas non plus d’édulcorants naturels, ni de cosmétiques « sans produits chimiques« , ou quoi que ce soit du genre. Cela est impossible.

Enfin, bien sûr, il est très important que la communauté soit attentive aux effets nocifs d’une substance nocive comme par exemple l’amiante. Cependant, cela est différent d’une généralisation arbitraire ou de fausses alarmes tirées juste pour encourager la chimiophobie en tant que stratégie de marketing.

 

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