Hydrothérapie du côlon : mythes et réalités à connaître

Il existe diverses techniques disponibles sur le marché qui affirment que le nettoyage des intestins a des effets bénéfiques sur la santé. Parmi elles, figure l'hydrothérapie du côlon.
Hydrothérapie du côlon : mythes et réalités à connaître
Maryel Alvarado Nieto

Rédigé et vérifié par le médecin Maryel Alvarado Nieto.

Dernière mise à jour : 16 septembre, 2022

La grande variabilité de l’habitude d’évacuer dépend, en grande partie, de la façon dont nous mangeons. La popularité de la régularité de la défécation a poussé ceux qui ne vont pas fréquemment aux toilettes à recourir à des techniques qui facilitent le mouvement intestinal. L’une de ces méthodes est l’hydrothérapie du côlon ou l’irrigation du côlon.

La constipation chronique touche entre 2 et 34 % des adultes dans certaines sociétés. C’est donc un problème assez courant.

Les symptômes associés à la constipation amènent les personnes à rechercher des moyens d’aller à la selle. Elles ont généralement recours à l’utilisation de laxatifs et de lavements. Certains ont recours à des traitements plus drastiques, comme l’irrigation colique.

Qu’est-ce que l’hydrothérapie du côlon ?

L’hydrothérapie du côlon est une technique qui consiste à insérer un tube est inséré dans le rectum pour irriguer le côlon. Le but de cette méthode est de permettre un lavage exhaustif de l’intestin, en éliminant les résidus de l’alimentation présents dans la dernière portion du tube digestif.

Divers équipements ont été conçus pour faciliter le travail. Ils disposent d’options réglables qui offrent une plus grande liberté de manipulation au praticien.

De grandes quantités d’eau sont introduites dans l’intestin (jusqu’à 120 litres). D’autres substances, telles que le café, les infusions à base de plantes et les enzymes, peuvent être utilisées.

Ils sont généralement conçus pour fonctionner avec des pressions ne dépassant pas 120 millibars et maintenir une température proche de la température corporelle. Cependant, selon les appareils, cette dernière peut être réglée entre 21 et 41°C.

Les séances d’irrigation colique

La durée approximative d’une séance est de 40 minutes, réparties en petites périodes d’irrigation. Au total, pendant une seule séance, entre 40 et 60 irrigations peuvent être effectuées, au cours desquelles environ 2 litres de liquide sont introduits.

L’hydrothérapie du côlon est pratiquée par un hydrothérapeute, qui n’a généralement aucune formation scientifique. Seulement la formation technique pour manier le matériel.

L'homme constipé pense à l'hydrothérapie colique.
Les options pour traiter la constipation sont variées. L’hydrothérapie est l’une des plus extrêmes.

Pourquoi l’hydrothérapie du côlon apparaît-elle ?

L’irrigation colique apparaît comme une réponse à une théorie ancienne et controversée, qui a regagné en popularité ces dernières décennies : l’autointoxication. Cette croyance suppose que le gros intestin est un simple système d’égouts et relie la rétention des déchets digestifs à la maladie.

L’hypothèse de départ est que la putréfaction de ces matériaux produit des toxines, qui sont absorbées par l’organisme. Pour cette raison, la constipation était considérée comme un ennemi silencieux, car elle permettait aux matières fécales de rester plus longtemps dans l’intestin.

Cependant, ces affirmations ont été réfutées dans les années 1920. Actuellement, la santé du côlon a retrouvé de l’importance, mais le but de la recherche est axé sur la compréhension de l’interaction du microbiome avec le reste du corps.



L’hydrothérapie du côlon a-t-elle des avantages ?

Cette méthode n’a aucun fondement scientifique et la plupart des médecins s’y opposent.

Certains la voient comme utile pour préparer le côlon avant d’effectuer une coloscopie. Ses partisans la proposent comme technique de guérison pour un certain nombre de conditions, dont :

  • Colite
  • Flatulence
  • Diverticulite
  • Constipation
  • Côlon irritable
  • La maladie de Crohn
  • Parasites intestinaux



Les hydrothérapeutes entendent augmenter leur clientèle en proposant l’irrigation colique comme ressource efficace pour le traitement d’autres affections. Ces déclarations ne sont basées sur aucune preuve scientifique, mais il n’existe aucune loi qui protège le patient contre de telles allégations.

Les conditions que ces spécialistes prétendent traiter sont les suivantes :

  • Sinusite et autres troubles respiratoires
  • Maux de tête et migraine récurrents
  • Halitose ou mauvaise haleine
  • Troubles mentaux
  • Problèmes de peau
  • Allergies diverses
  • Alcoolisme

Que dit la science ?

Depuis quelques décennies, certaines recherches tentent de découvrir les réels bienfaits de l’hydrothérapie du côlon. Par exemple, dans une étude portant sur des patients atteints du syndrome du côlon irritable, un équipement d’irrigation du côlon approuvé par l’agence de santé taïwanaise a été utilisé.

Les séances proposées étaient moins drastiques, avec des taux d’irrigation bien inférieurs à ceux décrits dans les séances conventionnelles. Le résultat de l’enquête a montré une amélioration des symptômes.

Cependant, dans la même étude, les limites des résultats ont été décrites. Il s’agissait d’un petit échantillon de population et le temps de suivi des patients était court. Par ailleurs, l’un des indicateurs d’efficacité était subjectif, et a pu résulter d’un effet placebo.

Dans une autre série d’enquêtes menées auprès de patients qui présentaient une constipation chronique ou une diarrhée, une amélioration des symptômes a également été observée. Toutefois, le groupe n’était composé que de 40 personnes.

Les risques de l’irrigation du côlon

Bien que ceux qui la pratiquent la proposent comme une technique anodine, la réalité est loin de cette version. Le plus grand risque auquel s’expose une personne qui consulte un hydrothérapeute est la perforation intestinale, qui peut déclencher une septicémie et un déséquilibre hydroélectrolytique. Les deux conditions sont mortelles.

La sécurité de l’hydrothérapie du côlon n’est donc qu’un mythe. De plus, il y a d’autres risques, tels que la contamination croisée, les symptômes gastro-intestinaux post-session (nausées, vomissements ou diarrhée), la plénitude abdominale et la douleur dans l’anus.

Homme souffrant de douleurs à l'anus après hydrothérapie du côlon.
Après la séance, il est possible que des douleurs et des inconforts subsistent du fait de la manipulation effectuée avec l’instrument.

Les contre-indications de l’hydrothérapie du côlon

Certains patients ne doivent en aucun cas se rendre chez un hydrothérapeute du côlon. Voici les principales contre-indications :

  • Grossesse
  • Tumeurs
  • Prolapsus rectal
  • Hernies abdominales
  • Saignements digestifs
  • Fissures et fistules anales
  • Maladie hémorroïdaire
  • Antécédents d’irradiation
  • Hypertension artérielle et maladies cardiaques

Une conclusion controversée

L’irrigation du côlon peut avoir une utilité potentielle dans la prise en charge de certains patients atteints d’affections affectant le tractus gastro-intestinal. En particulier, les troubles d’évacuation.

Dans tous les cas, cette ressource ne doit être envisagée que chez les patients chez qui le traitement médical n’a pas été efficace. La technique doit également être prise en compte avant d’opter pour une intervention chirurgicale, car elle est moins invasive.

Cependant, les recommandations pour la pratique de l’hydrothérapie colique sont que l’équipement soit à usage individuel seulement et que ses pièces soient jetables, que l’eau du robinet filtrée soit utilisée à la place d’autres substances et que les quantités de liquide soient réduites. Une formation pour l’utilisation de ces appareils est incontournable pour éviter des effets indésirables graves.

Il est primordial que ces patients maintiennent un suivi médical rapproché. De même, beaucoup plus de recherches sont nécessaires à cet égard.

Il faut élucider si on est en présence d’une technique avec un facteur risque/bénéfice acceptable, pour pouvoir la considérer comme une option. Ou si, au contraire, nous nous retrouvons plongés dans un mythe.

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