La triste histoire de la femme exposée pour ses fesses

29 décembre 2014

Cette histoire a eu lieu au XIXème siècle, cette époque insensée où l’esclavage a écrit bien des pages sombres de notre histoire. Elle est celle de Saartjie Baartman, une jeune femme exposée car elle souffrait d’une anomalie génétique. 

Enlèvement et esclavage

Saartjie Baartman avait 20 ans et vivait une vie normale au sein de son village. Elle appartenait à l’ethnie africaine des Khoikhoi, un peuple habitué à vivre de la terre, de ses animaux, et à suivre les coutumes ancestrales de sa religion. Personne, à ce moment, ne pouvait savoir que la vie réservait à cette jeune femme une existence en dehors de cette belle terre africaine, un continent attaqué et humilié par les européens. Sa vie a radicalement changé lorsqu’elle fût enlevée par Hendrik Cezar et Alexander Dunlop, deux français qui, en voyant les particularités du corps de Saartjie, ont trouvé une opportunité en or de se faire de l’argent.  

Saartjie souffrait en réalité d’une pathologie connue aujourd’hui sous le nom de stéatopygie, une maladie très répandue dans les tribus africaines des hottentots et des bochimans, et qui n’est rien de plus qu’une accumulation anormale de graisses dans les fesses. On la retrouve également chez les personnes qui souffrent d’obésité morbide. Mais, le cas de Saartjie était assez impressionnant, et les deux hommes ont vu dans cette fille le moyen de s’enrichir en l’exhibant dans des théâtres et des foires londoniennes.

La « Vénus noire »

femme

Ils l’appelleront la Vénus noire ou la Vénus hottentote, une référence à son peuple et à son ethnie d’origine. Sans savoir très bien comment ou pourquoi, Saartjie s’est retrouvée en quelques jours sur la scène de plusieurs théâtres à Londres. Le spectacle était très élémentaire et extrêmement humiliant. La jeune fille devait rester nue, devant le public, et exhiber ses formes à un public venu la voir l’esprit plein d’attentes perverses. Cette audience était composée en grande partie d’hommes, de gentlemen issus de la bonne société qui n’hésitaient pas à payer le prix fort pour voir la jeune hottentote aux grosses fesses.  

Nuit après nuit se répétait la même scène, durant quatre longues années d’une authentique torture psychologique pour cette femme qui, sans le vouloir ou le désirer, s’était convertie en une bête de foire. Les hommes qui réduisirent cette jeune femme en esclavage s’enrichirent tellement rapidement qu’ils n’ont pas hésité à répéter l’expérience dans une autre capitale européenne. Ils se dirigèrent à Paris où le succès fut également au rendez-vous, où les regards malveillants, curieux et lubriques se posèrent à nouveau sur le corps de Saartjie. Le spectacle était public, mais certains payèrent également pour obtenir des séances privées avec la jeune femme. C’est de ces activités que ses « propriétaires » retirèrent le plus de bénéfices. Fort heureusement, bientôt les voix des abolitionnistes se firent entendre et dénoncèrent cet acte d’exhibition comme une impardonnable humiliation et une dépravation totale, qui devait être interdit sur le champ.

Hendrik Cezar et Alexander Dunlop se défendirent contre ces critiques en arguant que Saartjie était volontaire. Et ils le démontrèrent par le contrat qu’ils avaient signé avec elle. Mais ce document, rédigé en néerlandais, n’avait pu être compris par la jeune femme qui ne connaissait pas cette langue.

La fin d’une vie de souffrances

Afrique

Les critiques autour du spectacle de la Vénus noire se firent de plus en plus fortes et les propriétaires furent obligés de l’arrêter, et de vendre Saartjie à un commerçant français qui souhaitait, connaissant sa célébrité, en tirer partie également. Mais d’une manière encore plus dégradante. Ils l’exhibaient dans des spectacles privés ou bien dans les rues parisiennes, où il en profitait pour la prostituer. Pour que chaque homme qui le désirait puisse s’offrir un moment avec la femme aux grosses fesses, avec la fameuse Vénus hottentote.

Plusieurs années passèrent avant que ce monde de privations et de malheur ne finisse par se refléter sur sa santé. L’origine de son décès reste inconnue, même si on peut facilement la deviner : syphilis, tuberculose, pneumonie et, pourquoi pas, la tristesse. Une immense tristesse devant une vie qu’elle n’a jamais pu comprendre.

Il est possible qu’elle ait vu sa mort comme un repos libérateur. Mais il n’en fut pas ainsi. Après son décès, le corps de Saartjie fut disséqué puis nouvellement exposé au Musée de l’Homme de Paris. Son cerveau, ses parties génitales et son squelette furent ainsi exhibés. Le musée décida, dans les années 1970, de conserver les restes de la jeune femme pour garder un témoignage de la cruauté humaine et de tout ce que l’esclavage a pu représenter dans notre société.

Le véritable repos pour Saartjie Baartman n’arriva que lorsque Nelson Mandela, en 1994, réclama son corps afin que la jeune femme soit enterrée dignement dans sa terre natale d’Afrique. Pour qu’enfin elle puisse trouver la paix et le repos qu’elle mérite dans cette terre qu’elle n’aura jamais revu, et de laquelle elle n’aurait jamais du partir. La femme aux grosses fesses, ou la Vénus noire, est un exemple des histoires qui n’auraient jamais du se produire dans notre histoire et qui, sans aucun doute, ne doivent jamais se répéter. 

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