Que sont les confabulations et pourquoi se produisent-elles ?

26 mars 2021
La confabulation est considérée comme difficile à traiter. La qualité de vie de ces patients peut-elle être améliorée ? Voyons en quoi consiste ce phénomène et comment y faire face.

Parmi l’éventail des processus cognitifs que nous possédons, la mémoire est l’un des plus étudiés. Malgré cela, cela reste un sujet complexe. Pour comprendre ce que sont les confabulations, il est important de savoir qu’elles trouvent leur origine dans la déformation de certains souvenirs.

Les souvenirs dans la mémoire ne sont pas des restructurations exactes des événements. Chacun peut se souvenir d’un événement de manière différente et être sûr que c’est ainsi que cela s’est passé. Il s’agit d’une déformation de la réalité due à la perte d’informations.

Un exemple clair se produit chez les personnes âgées qui présentent des troubles neurocognitifs majeurs (démence sénile). Elles peuvent assurer qu’elles ont vécu quelque chose d’une manière complètement différente de celle des événements réels.

Types et classification

Les confabulations sont un phénomène cognitif difficile à catégoriser, compte tenu du fait qu’elles peuvent prendre diverses formes. Cependant, il existe 5 critères pour classer ces altérations cognitives. Jetons-y un coup d’œil.

1. Les confabulations spontanées

Ce premier type de confabulations est celui qui dure le moins longtemps. Ce sont des idées fantaisistes qui sont affirmées comme des faits réels par la personne, de façon claire et nette. Elles apparaissent généralement chez les patients atteints du syndrome de Korsakoff.

2. Les confabulations provoquées

Dans ce cas, ce qui se passe, c’est que le souvenir ne parvient pas à évoquer quelque chose avec précision. Elle est fréquente chez les patients amnésiques. Quelque chose de similaire se produit lorsqu’une personne en bonne santé essaie de retenir certaines informations de manière forcée pendant de longues périodes.

Par exemple, étudier pour un examen de manière verbatim peut entraîner des défaillances dans la mémoire de rappel. Au moment de l’évaluation, certains concepts peuvent être interchangés et affirmés comme vrais, même s’ils ne correspondent pas à la réalité.

Un homme triste.
Plus l’âge est élevé, plus le risque de souffrir de démence sénile, qui est associée à l’élaboration de souvenirs qui ne se sont pas produits en tant que tels, est important.

3. Les intrusions provoquées simples

Ces distorsions apparaissent lorsqu’une personne est obligée de se rappeler des informations en détail. Imaginons un instant que nous oublions la liste de courses et essayons de nous souvenir de ce qu’elle disait. Nous pouvons inconsciemment acheter quelque chose qui n’était pas répertorié, mais nous nous en souvenons ainsi.

4. Les confabulations momentanées

Ce type de défaillance de la mémoire est le type le plus courant de confabulation. Il s’agit d’un récit peu fantaisiste qui peut être parfaitement crédible.

Cependant, il est facile à détecter. Par exemple, lorsqu’un patient raconte ses projets en détail, mais qu’il est évident qu’ils ne sont pas réalisables. Il est courant, dans les maisons de retraite, que certaines personnes âgées prétendent qu’elles iront rendre visite à leurs amis d’enfance ou d’adolescence, même s’ils sont décédés.

5. Les confabulations fantastiques

Ce type de confabulations est le plus intense, en raison de leur fort détachement de la réalité. Comme le nom l’indique, il s’agit d’histoires fantastiques qui ne sont crédibles que pour le patient. Ces altérations de la réalité sont courantes chez les patients psychotiques et ceux atteints de démence paralytique.

Une autre classification

Cette classification en 5 types que nous avons vue est proposée par Kopelman et est la plus précise pour déterminer l’intensité et la fréquence des confabulations. Une autre méthode qui a été utilisée au fil des ans est celle proposée par Schnider, qui se compose de 4 critères :

  • Contenu : établissement du degré de plausibilité du récit au moyen de limites allant de vrai à faux.
  • Forme d’apparition : spontanée ou provoquée.
  • Domaines d’apparition : épisodique, autobiographique, sémantique générale ou sémantique personnelle.
  • Syndrome clinique dans lequel ils se produisent.

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Quels symptômes sont liés aux confabulations ?

La symptomatologie des confabulations varie en fonction du trouble sous-jacent qui les provoque. Par exemple, dans la maladie d’Alzheimer, les signes les plus caractéristiques sont le déficit cognitif, le déclin mental et les problèmes de mémoire.

Voyons quels autres peuvent apparaître en fonction du trouble neurologique :

  • Démence : troubles de la mémoire avec nervosité.
  • Schizophrénie : trouble de la pensée, hallucinations acoustiques, paranoïa.
  • Syndrome de Korsakoff : perte de mémoire récente, manie et comportements répétitifs.
  • Asomatognosie : incapacité à intégrer ses propres parties du corps ou à les reconnaître, fausses sensations associées à la perte d’un membre.

Causes possibles des distorsions

Les causes des défaillances de la mémoire qui produisent des confabulations chez les patients sont le résultat de dommages à la zone frontale du cerveau. En particulier, la zone affectée est la zone basale antérieure, où se trouvent les zones orbitofrontale et ventromédiane.

Il existe trois théories qui tentent d’expliquer les raisons pour lesquelles les confabulations se produisent. Nous allons les voir ensemble. Il est important de savoir que ces hypothèses proviennent d’une perspective neuropsychologique.

1. Dysfonctionnement de la mémoire

Cette théorie affirme que les confabulations sont une forme d’amnésie. Le postulat principal veut que les échecs de la mémoire de rappel soient une façon de donner un sens aux souvenirs incomplets qui peuvent être récupérés par les patients. Cette hypothèse rencontre une bonne approbation.

2. Dysfonctionnement de l’exécutif

D’un autre côté, la théorie du dysfonctionnement exécutif stipule que lorsqu’il y a de graves limitations mentales dans la planification et la fixation des objectifs, des défaillances de la mémoire se produisent et donnent lieu à des confabulations.

3. Hypothèse duale

Dans cette hypothèse, l’approche n’écarte aucun des postulats précédents et soutient que les confabulations sont dues à un déficit des processus exécutifs (fonctions supérieures de la conscience), en plus des défaillances de la mémoire.

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Comment les traiter ?

Imagerie cérébrale.
Les lésions cérébrales peuvent avoir pour conséquence des distorsions, en tant que complication associée à moyen terme.

Bien que les confabulations soient considérées comme une séquelle non traitable, il existe une approche capable d’améliorer la qualité de vie des patients qui confabulent après avoir subi une lésion cérébrale. Il s’agit d’une procédure neuropsychologique basée sur la confrontation comme moyen de stimulation cognitive.

Ce traitement a été conçu par des chercheurs de l’Université de Grenade. Il consiste à montrer aux patients une série d’images en séquence dont le contenu peut varier ; on leur demande ensuite de se souvenir de ce qu’ils ont vu. Au moment de la remémoration, des confabulations se produisent et c’est alors que les spécialistes les interrogent.

On souligne aux patients que le souvenir qu’ils prétendent être vrai ne l’est pas et on leur montre à nouveau les images, tout en leur expliquant que leur souvenir est défectueux. En neuropsychologie, ce processus est appelé rétroaction. Après 9 séances, on peut s’attendre à une amélioration.

Que faire si je connais quelqu’un qui confabule ?

Si vous connaissez quelqu’un qui est peut-être en train de confabuler, la meilleure chose à faire est de ne pas insister brusquement sur le fait qu’il se trompe. N’oubliez pas que pour eux, c’est un fait réel. Nous devons faire preuve d’empathie et éviter de générer du stress.

La prochaine chose à faire est de consulter un spécialiste qui pourra évaluer le patient et déterminer l’intensité des dommages afin d’établir la voie à suivre. Certains patients cessent de confabuler après un certain temps et n’ont pas besoin d’être hospitalisés.

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