Franz Kafka : philosophie et pensées d'un grand écrivain

La littérature de Franz Kafka a la particularité d'être complexe et chargée de symbolisme. Ci-dessous, nous examinons ses œuvres les plus influentes et la philosophie qui les sous-tend.
Franz Kafka : philosophie et pensées d'un grand écrivain

Dernière mise à jour : 09 septembre, 2022

Franz Kafka était un écrivain tchèque, dont le récit au thème absurde et qui reflète l’angoisse des êtres humains face au non-sens de leur existence, fait de lui un précurseur de l’existentialisme philosophique. Voyons qui était ce grand écrivain, et la philosophie derrière ses écrits.

Franz Kafka : vie et travail

Franz Kafka est né le 3 juillet 1883 à Prague, ville qui faisait alors partie de l’empire austro-hongrois. Il est né dans une famille juive parente de la petite bourgeoisie.

Dès son plus jeune âge, Kafka s’intéresse à l’écriture. Cependant, il étudie le droit à l’université sous l’influence de son père, avec qui il a eu une relation tendue tout au long de sa vie. Notamment à cause de son éducation autoritaire et de son tempérament difficile.

Il devient avocat et exerce sa profession à l’Institut d’assurance contre les accidents du travail du Royaume de Bohême. Cependant, ce qui donne un vrai sens à sa vie, ce sont les arts.

Vers 1907, Franz Kafka commence à écrire ses premières histoires, tout en travaillant comme consultant dans la compagnie d’assurances. En 1912, il prend conscience d’être un écrivain, de sorte que la même année, il écrit Contemplation, un recueil de 18 histoires qui étaient auparavant apparues dispersées dans divers médias.

Ce dernier texte le fait connaître en tant qu’écrivain.

De là, il se consacre à l’écriture d’autres ouvrages, tels que Le verdict (1913), La métamorphose (1915), La colonie pénitentiaire (1919), Le procès (1923), entre autres. Ainsi que plusieurs pièces narratives avec des paraboles aphoristiques.

En 1917, on lui diagnostique la tuberculose, ce qui l’oblige à connaître de fréquentes périodes de convalescence et d’isolement dans différents sanatoriums, jusqu’à sa mort en juin 1924.

Il convient de noter que Kafka n’a publié que quelques romans de son vivant, tant de son travail est passé largement inaperçu jusqu’à sa mort. Peu de temps avant sa mort, il a dit à son ami et exécuteur testamentaire, Max Brod, de détruire tous ses manuscrits. Cependant, ce dernier a ignoré la demande de Kafka et a supervisé la publication de la plupart des écrits.

Rue Franz Kafka à Prague.
Bien qu’aujourd’hui nous ayons des rues avec son nom, au cours de sa vie, il n’a pas eu la reconnaissance qu’il a reçue plus tard.



Les caractéristiques de son travail

La littérature de Franz Kafka a la particularité d’être complexe et chargée de symbolisme. Dans ses œuvres, ce qui est le plus intéressant, c’est la réflexion qui s’en dégage, plus que l’essence narrative.

Les protagonistes ne sont pas des héros

Dans les histoires de Kafka, le protagoniste veut à tout prix s’évader de sa réalité, mais il n’est pas capable de mener une quelconque action lui permettant de la surmonter. Il s’agit donc de personnages sans défense et sans vocation politique à transformer le monde dans lequel ils vivent, aussi étouffant soit-il.

Dans des œuvres comme Le Procès ou La Métamorphose, les protagonistes ne luttent pas contre l’environnement extérieur qu’ils répudient. Nous voyons plutôt des personnes dont les actions sont contrôlées par le système social lui-même.

Par exemple, Gregorio Samsa, le protagoniste de La Métamorphose, semble plus soucieux de la façon dont sa famille va s’en sortir financièrement que de se remettre de sa nouvelle condition. La nécessité de retourner au travail devient plus nécessaire que son changement.

Il ne décide de se rendre et de mettre fin à son combat que lorsqu’il se rend compte que sa famille peut désormais subvenir à ses besoins, atteignant la seule libération possible du travail et de la maladie : la mort.

De son côté, toutes les décisions de Monsieur K, le protagoniste de l’ouvrage Le Procès, ne naissent pas d’une liberté ou d’une décision qui lui est propre, mais sont dues à l’organisation de la société même, qui l’oblige à se rendre chez l’avocat, aux combles administratifs, entre autres.

Le thème de l’absurde

Le terme kafkaïen a été utilisé pour qualifier tout ce qui, malgré son apparente normalité, est absurde. La raison en est que Kafka soulève la possibilité terrifiante que le système dans lequel nous vivons, et que nous supposons comme normal, est précisément cela : une absurdité.

Dans les œuvres de Kafka, la réalité est fracturée et l’être humain doit essayer de modifier son existence en agissant normalement. Mmalgré le sentiment de ne pas être à sa place, le protagoniste n’a d’autre choix que de se lever le matin pour aller au bureau (même s’il est devenu un insecte géant), ou être soumis à une série de processus bureaucratiques sans savoir exactement pourquoi, mais parce que la loi l’exige.

Le travail fragmentaire

L’œuvre de Franz Kafka se caractérise également par sa fragmentation. Cela signifie qu’il n’y a pas d’origine ou de commencement. Ce qui la définit, c’est l’impossibilité de trouver des fondements.

Par exemple, dans Le Procès, nous voyons comment Monsieur K se réveille un matin avec des fonctionnaires dans sa chambre qui l’informent qu’il est en état d’arrestation. À partir de là, sa vie commence à se dérouler dans le cadre d’un processus bureaucratique, alors qu’il ne sait même pas de quoi on l’accuse.

Tout au long du texte, le parcours de K est mis en évidence, mais la conclusion est évidente : il est impossible de les trouver. De même, dans le récit La métamorphose, nous ne trouvons jamais la raison de la transformation de Gregorio Samsa. Il se réveille simpement un jour en étant un énorme insecte et meurt sans savoir pourquoi.



Le reflet de l’angoisse

Les protagonistes de Kafka ne sont pas des héros luttant pour changer leur monde étouffant et répréhensible. Au contraire, ce sont des personnages soumis et sans défense qui cèdent à l’organisation du système et se laissent emporter par l’angoisse que leur réalité entraîne.

Ce trait caractéristique de l’œuvre de Kafka est le reflet de l’angoisse des êtres humains dans un monde moderne et industrialisé, qui est conçu par l’auteur comme un énorme mécanisme qui réduit la personne à un simple engrenage, incapable de comprendre son rôle en elle, encore moins de déchiffrer les lois qui la régissent.

En ce sens, on peut dire que l’une des vertus de Kafka était d’anticiper un sentiment largement répandu aujourd’hui : l’angoisse de tomber malade et de ne pas pouvoir s’occuper financièrement des autres ou de soi-même, et celle de vivre dans un monde où les bureaux de l’État ne sont pas de notre côté.

Kafka met très bien en évidence que l’angoisse de l’homme moderne trouve son origine dans la normalité, ce qui la rend encore plus terrifiante.

L'angoisse chez les personnages de Kafka.
L’angoisse du monde kafkaïen est le reflet du sentiment que beaucoup ont aujourd’hui face au maelström des rythmes sociaux.

L’existentialisme dans l’œuvre de Franz Kafka

Franz Kafka a été considéré comme l’un des précurseurs des courants existentialistes du siècle dernier. Notamment en raison du reflet de l’angoisse, lorsque l’être humain reconnaît l’absurdité et le manque de sens de sa propre existence.

Face à ce manque de sens, nous ne pouvons que nous laisser envahir par la logique d’un monde étouffant. Ce monde nous dit à chaque instant comment nous devons vivre, ce que nous devons consommer et comment nous lier aux autres. Il s’agit d’être les véritables protagonistes de l’existence.

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  • Kafka F. La metamorfosis. 1a ed. Santa Fe: Ministerio de Educación de la Provincia de Santa Fe; 2019.
  • Kafka F. El proceso. España: Editorial Planeta, 2017.
  • De Brocà S. El existencialismo y Kafka. utf [Internet]. 2018 [consultado el 2 sep 2022];(6):5-10. Disponible en: https://revistes.urv.cat/index.php/utf/article/view/2220