Le paracétamol est-il dangereux pendant la grossesse ?

5 mai 2020
L'AEMPS a mené des études pour évaluer la sécurité de l'utilisation du paracétamol pendant la grossesse. Grâce à ces recherches, la sécurité du médicament pour les femmes enceintes peut désormais être affirmée.

L’administration du paracétamol pendant la grossesse est depuis longtemps mise en doute. De nombreux experts peuvent encore avoir des avis contradictoires. Le paracétamol est l’un des médicaments les plus vendus au monde. Le problème des médicaments en vente libre est que les patients ne sont souvent pas conscients de leurs effets indésirables et contre-indications.

Jusqu’à récemment, il n’était pas recommandé d’utiliser du paracétamol pendant la grossesse. Cependant, selon l’expérience clinique recueillie, il n’existe aucune preuve d’association entre l’utilisation du médicament et l’impact sur le système urogénital ou les altérations du développement neurologique de l’enfant.

A quoi sert le paracétamol et comment exerce-t-il son effet sur l’organisme ?

Ce médicament largement utilisé a des propriétés analgésiques et antipyrétiques. En résumé, il parvient à réduire la douleur et à faire baisser la fièvre. C’est un médicament similaire à l’aspirine. Mais, contrairement à celle-ci, il n’a pas la capacité de réduire les conditions inflammatoires ou d’exercer un quelconque effet antiplaquettaire.

En raison de ces propriétés, on utilise le paracétamol pour le traitement des douleurs modérées, aiguës et chroniques. On le considère comme l’analgésique de choix par la plupart des chercheurs, chez les patients de plus de 50 ans.

En revanche, on ne sait pas exactement comment le paracétamol peut déclencher ses effets, bien que l’on sache qu’il agit de manière centralisée. L’hypothèse la plus acceptée dans la communauté scientifique est que le paracétamol augmente le seuil de la douleur en inhibant les cyclooxygénases, molécules qui participent à la synthèse des prostaglandines.

Les prostaglandines sont des protéines qui sont liées à la douleur. Cependant, le paracétamol n’est pas capable d’inhiber les cyclooxygénases au niveau périphérique, c’est-à-dire en dehors du système nerveux central. Pour cette raison, il n’a pas d’activité anti-inflammatoire. En outre, le paracétamol inhibe également la synthèse et les effets de plusieurs médiateurs chimiques. Ces derniers sensibilisent les récepteurs de la douleur à des stimuli mécaniques ou chimiques.

En termes d’efficacité pour réduire la fièvre, le paracétamol est capable de bloquer la zone du cerveau qui contrôle la température du corps. Il parvient donc à dissiper la chaleur en déclenchant une vasodilatation et en augmentant le flux sanguin périphérique et la transpiration.

Le paracétamol peut être consommé sous forme de capsules

Vous pouvez également lire : Pourquoi un médecin prescrit-il des opioïdes ?

Réactions indésirables au paracétamol

Le paracétamol est hépatotoxique. Il peut donc endommager le foie. Pour autant, cette toxicité est souvent le résultat d’un surdosage ou de doses excessives administrées de façon chronique. L’hépatotoxicité induite par le paracétamol se manifeste par la survenance des pathologies suivantes :

  • Nécrose hépatique
  • Jaunisse : coloration jaune de la peau et des muqueuses
  • Hémorragies digestives ou ecchymoses sur la peau
  • Encéphalopathie

Outre cette toxicité, elle peut également produire d’autres effets secondaires tels que :

  • Neutropénie : diminution des globules blancs
  • Urticaire et autres réactions allergiques

Les nouvelles recommandations de l’AEMPS sur l’utilisation du paracétamol pendant la grossesse

Le paracétamol consommé par une femme enceinte

Le ministère de la santé de l’Espagne a récemment modifié, par l’intermédiaire de l’Agence espagnole des médicaments et des produits de santé (AEMPS), les recommandations relatives à l’utilisation du paracétamol pendant la grossesse. Lorsqu’un médicament est commercialisé, une série d’études d’observation est réalisée pour évaluer sa sécurité à long terme ou pour détecter les dangers qui n’ont pas pu être évalués lors des phases d’étude précédentes.

Au cours de cette évaluation périodique du paracétamol par les services de pharmacovigilance, une enquête supplémentaire a été menée sur le danger que représente pour le fœtus une femme enceinte sous traitement au paracétamol. Toutes les nouvelles données de sécurité sur ce médicament générées par ces études observationnelles ont été incluses dans la fiche technique et les notices des médicaments contenant cette substance active.

De cette manière, l’AEMPS dispose d’une base solide pour rendre son verdict. Après avoir effectué tous les examens correspondants, elle a conclu qu’il n’existe aucune preuve que l’utilisation prénatale du paracétamol ait un impact sur le système urogénital ou des altérations dans le développement neurologique de l’enfant.

Lire aussi : Médicaments autorisés pendant la grossesse

Conclusion

En résumé, il est confirmé qu’une femme enceinte peut prendre du paracétamol s’il est cliniquement indiqué. Toutefois, il ne faut pas abuser de ce médicament. Les femmes dans cette situation doivent être particulièrement prudentes lorsqu’elles prennent des médicaments, en évitant de toute façon l’automédication.

 

  • Farré, M., Abanades, S., Álvarez, Y., Barral, D., & Roset, P. N. (2004). Paracetamol. DOLOR. https://doi.org/10.12968/jprp.2019.1.1.7
  • Graham, G. G., Davies, M. J., Day, R. O., Mohamudally, A., & Scott, K. F. (2013). The modern pharmacology of paracetamol: Therapeutic actions, mechanism of action, metabolism, toxicity and recent pharmacological findings. Inflammopharmacology. https://doi.org/10.1007/s10787-013-0172-x
  • Eyers, S., Weatherall, M., Jefferies, S., & Beasley, R. (2011). Paracetamol in pregnancy and the risk of wheezing in offspring: A systematic review and meta-analysis. Clinical and Experimental Allergy. https://doi.org/10.1111/j.1365-2222.2010.03691.x