Fluoxétine pendant la grossesse

Même si le traitement à la fluoxétine a été accepté lors de la grossesse, on ne doit l'utiliser qu'en cas de situations cliniques qui justifient le risque potentiel pour le fœtus. Que devez-vous savoir à son sujet ?
Fluoxétine pendant la grossesse

Dernière mise à jour : 16 février, 2021

La fluoxétine est l’un des médicaments les mieux étudiés au cours de la grossesse. Elle est indiquée dans le traitement de la dépression et appartient au groupe des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (IRS). En effet, elle a la capacité d’augmenter les niveaux de ce neurotransmetteur qui est essentiel dans le maintien de l’équilibre de notre humeur.

La fluoxétine, sous la marque Prozac, a été le premier médicament commercialisé aux Etats-Unis par la compagnie Eli Lilly en 1998 pour le traitement de la dépression majeure. Elle a inspiré une grande confiance au sein de la communauté médicale. Elle possède en effet la même efficacité que les antidépresseurs déjà existants mais présente moins d’effets secondaires.

Aujourd’hui, on a pu développer de nouvelles molécules pour le traitement de troubles dépressifs, même si la fluoxétine a été la plus utilisée à l’échelle mondiale. Nous allons ici vous parler de son utilisation au moment de la grossesse.

Dépression pendant la grossesse ou dépression prénatale

La grossesse est une étape qui marque la vie de la femme. Le va-et-vient hormonal qui a lieu dans l’organisme peut déclencher divers types d’émotions et de sentiments, parfois opposés.

Quand la sensation de tristesse persiste dans le temps, on peut se retrouver dans le cas d’une dépression prénatale. Il s’agit d’un état complexe auquel nous devons prêter une attention toute particulière.

Le stress pendant la grossesse.

Le va-et-vient hormonal qui a lieu dans l’organisme de la femme enceinte peut avoir une incidence sur la dépression prénatale.

Il s’agit d’un problème compliqué à détecter. On peut en effet la confondre avec des signes normaux de la grossesse, comme la fatigue, le manque de motivation ou les difficultés à trouver le sommeil. Ainsi, si les symptômes suivants apparaissent, nous devons consulter un médecin :

  • Tristesse et épisodes de pleurs sans motif apparent.
  • On ne profite plus des activités qui nous plaisaient.
  • Irritation et mauvaise humeur.
  • Sentiment de vide et de culpabilité.
  • Perte d’habiletés sociales.
  • Anxiété.
  • Pensées pessimistes par rapport au futur.
  • Difficulté à rester concentrée.
  • Changements dans les habitudes d’alimentation, de sommeil et d’hygiène.

La future mère peut aussi afficher des sentiments ambigus vis-à-vis du bébé et même un rejet de l’idée d’avoir à affronter l’accouchement.

La dépression prénatale non traitée peut entraîner d’importants effets collatéraux pour la mère et pour le bébé, ainsi qu’une augmentation du risque d’avortement spontané, d’accouchement prématuré, de faible poids du nouveau-né ou de retard dans la croissance du bébé.

Par ailleurs, souffrir d’une dépression prénatale fait augmenter de 25 % les possibilité de souffrir d’une dépression après l’accouchement. Cependant, il faut prendre en compte les bénéfices et les risques de la prise d’antidépresseurs pendant la grossesse. Nous allons ici vous expliquer tout ce que vous devez savoir.

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Puis-je prendre de la fluoxétine pendant la grossesse ?

La fluoxétine est le médicament généralement prescrit pour le traitement de la dépression prénatale et, même si la FDA la classe dans la catégorie Con la considère comme un traitement sûr pour les femmes enceintes qui souffrent de dépression, en évaluant toujours son risque/bénéfice.

Néanmoins, selon la littérature scientifique, le traitement à la fluoxétine au cours du premier trimestre de grossesse peut être associé à une augmentation du risque de malformations cardiovasculaires chez le bébé.

Les données suggèrent que le risque qu’un nouveau-né souffre d’une malformation cardiovasculaire après l’exposition de la mère à la fluoxétine est de l’ordre de 2/100 comparé à un taux attendu pour ces défauts dans la population général d’environ 1/100.

D’autres études épidémiologiques suggèrent que l’utilisation des IRS lors de l’étape finale de la grossesse peut augmenter le risque d’hypertension pulmonaire persistante chez le nouveau-né (HPPN).

Le risque observé a été d’environ 5 cas sur 1000 grossesses. Dans la population générale, on recense 1 ou 2 cas d’HPPN pour 1000 naissances.

Des boîtes de fluoxétine.

La fluoxétine pendant la grossesse ne doit s’utiliser que lorsque la situation clinique de la future mère l’exige. Elle entraîne en effet des risques importants pour le fœtus.

Selon l’AEMPS (Agence Espagnole des Médicaments), la fluoxétine ne doit pas s’utiliser pendant la grossesse, à moins que la situation clinique de la femme nécessite ce traitement et que le risque potentiel pour le fœtus soit justifié.

Il est particulièrement important que l’interruption du traitement à la fluoxétine ne soit pas brusque. On doit ainsi procéder à une réduction graduelle de la dose pendant une période d’une à deux semaines afin d’éviter l’apparition de symptômes de manque.

Par ailleurs, si on utilise la fluoxétine au cours de la grossesse, on doit faire attention lors de la dernière étape ou juste avant l’accouchement. Certains effets sur les nouveau-nés ont en effet été signalés, comme :

  • Irritabilité.
  • Tremblements.
  • Hypotonie.
  • Pleurs persistants.
  • Difficultés à téter ou à dormir.

Conclusion

Le traitement à la fluoxétine pendant la grossesse, que ce soit au cours de la première ou de la dernière étape, doit être décidé avec un médecin psychiatre. Le professionnel devra ainsi évaluer les risques/bénéfices pour la future mère et pour le futur bébé.

Par conséquent, si nous nous retrouvons face à un cadre de dépression important, on peut envisager de maintenir le traitement. Néanmoins, s’il s’agit d’une dépression bien contrôlée, l’idéal est de se passer du traitement à la fluoxétine et de bénéficier d’un soutien psychologique.

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