Les personnes ayant un comportement antisocial peuvent avoir une structure cérébrale différente

6 mai 2020
Les recherches publiées dans le Lancet suggèrent que les problèmes antisociaux peuvent s'expliquer par des changements dans la structure du cerveau. Ces résultats s'ajoutent aux recherches précédentes dans le même ordre d'idées. Nous vous en parlons dans cet article.

L’University College of London (UCL) a mené des recherches sur le cerveau humain qui ont été rapportées dans la section psychiatrie de The Lancet dans le numéro de février dernier. L’article étudie l’association entre le comportement antisocial et la structure du cerveau.

Cette recherche est le fruit d’une collaboration entre l’institution londonienne et des chercheurs de Nouvelle-Zélande, d’où proviennent les personnes étudiées. En Nouvelle-Zélande, l’institution qui a fourni les sujets de l’étude était le Queen Mary Hospital.

Pour développer la recherche, plus de 600 personnes âgées de 45 ans au moment de l’essai d’imagerie ont passé des tests de résonance magnétique nucléaire. Ces 600 personnes font partie d’un échantillon plus large de plus de 1 000 personnes que les Néo-Zélandais suivent depuis leur enfance.

L’objectif est de déterminer les facteurs qui peuvent influencer, au cours d’une vie, si une personne finira par développer un comportement antisocial ou des dépendances. Si on pouvait détecter ces facteurs, il serait possible de les influencer pour prévenir la criminalité, par exemple.

Les IRM effectuées sur les participants à la recherche ont permis de mesurer l’épaisseur de leur cortex cérébral et la quantité de matière grise qu’ils possédaient. Ces données permettraient de comparer les personnes ayant un comportement antisocial à celles qui n’en ont pas.

Qui est antisocial et qu’est-ce que cela signifie ?

Qu’entendons-nous par comportement antisocial ? C’est un concept difficile à définir, car il varie en fonction de l’âge et de la culture des personnes concernées. Ce que l’on considère comme antisocial en Europe est différent de ce que l’on considère comme antisocial en Asie.

Un comportement antisocial pourrait être défini comme contraire aux intérêts de la société. C’est une façon d’être et d’agir qui va à l’encontre des règles établies par la majorité.

L’éventail des actes antisociaux est large. Nous pouvons inclure les infractions routières et les vols avec violence. Les pratiques de dépendance des adolescents entreraient également dans cette catégorie, comme la consommation d’alcool en cachette des adultes.

Fondamentalement, le comportement antisocial révèle que la personne se rebelle contre une autorité, qui peut être ses parents ou la loi elle-même. Ce comportement a également été compris comme un défi aux institutions établies.

Il ne faut pas nécessairement qu’une pathologie accompagne le comportement antisocial. La plupart du temps, c’est juste une façon d’agir qui ne s’inscrit dans aucun tableau clinique psychiatrique.

Cependant, la science a établi l’existence de ce que l’on appelle le trouble de la personnalité antisociale. Ce sont des personnes qui enfreignent les règles de manière répétée, qui sont impulsives et qui ne regrettent pas leurs actes de transgression. Ce diagnostic ne s’applique qu’aux personnes âgées de plus de 18 ans.

Le comportement antisocial et l'étude IRM du cerveau

Lire la suite : Quels sont les changements psychologiques pendant l’adolescence ?

Les résultats de la recherche

La recherche publiée dans The Lancet nous apprend que, pour rendre l’étude concrète, on a divisé les participants en trois groupes :

  • 80 personnes ayant des antécédents de problèmes antisociaux
  • 151 personnes ayant un passé antisocial limité à la période de leur adolescence
  • 441 personnes sans antécédents de comportement antisocial

Des résultats significatifs ont été trouvés dans le premier groupe. Les examens IRM de ces personnes ont montré un rétrécissement du cortex cérébral par rapport aux autres, ainsi qu’une quantité de matière grise un peu plus faible.

En revanche, entre le groupe ayant des problèmes antisociaux à l’adolescence et celui qui n’a pas d’antécédents, il n’y a pas de différence. Cela révèle que certains comportements du jeune âge peuvent davantage s’expliquer par la culture que par la biologie.

Ce qui est clair, c’est la modification de l’architecture du cerveau que peut avoir un petit groupe de la population, peut-être en relation avec des comportements antisociaux. Ces changements peuvent expliquer la personnalité antisociale qui se manifeste de manière persistante au fil des ans.

Un jeune en prison à cause de son comportement antisocial

En savoir plus : Système de récompense du cerveau : comment fonctionne-t-il ?

Études antérieures sur le comportement antisocial et le cerveau

Les résultats publiés dans The Lancet s’ajoutent à une chaîne de recherches antérieures sur le même sujet. Plusieurs universités ont travaillé sur cette thématique, à des âges différents et dans des pays différents.

Il a déjà été démontré que les adolescents ayant des problèmes antisociaux, par exemple, avaient altéré les régions frontales et temporales de leur cerveau. De même, avec des connotations plus sérieuses, que les condamnés violents en prison ont moins de substance grise.

Plus précisément, les chercheurs ont suivi la zone des émotions dans le cerveau pour trouver des associations. En supposant que les problèmes antisociaux se caractérisent par un manque d’empathie, il était logique d’y rechercher des altérations. Les résultats ont montré que les adolescents antisociaux avaient des amygdales cérébrales plus petites, et c’est l’amygdale qui est le siège de l’empathie.

Nous pouvons conclure que cette nouvelle enquête vient confirmer que les problèmes antisociaux ont une certaine relation avec la structure et l’architecture du cerveau. Et que ces changements sont un facteur supplémentaire qui détermine les comportements antisociaux tout au long de la vie.

 

  • Romero-Valle, Erika J., and Gabriela Orozco-Calderón. « La conducta antisocial delictiva en la adolescencia y las funciones ejecutivas. » Ciencia & Futuro 7.1 (2017): 109-131.
  • Gregory, Sarah, et al. « The antisocial brain: psychopathy matters: a structural MRI investigation of antisocial male violent offenders. » Archives of general psychiatry 69.9 (2012): 962-972.
  • Hecht, David. « Cerebral lateralization of pro-and anti-social tendencies. » Experimental neurobiology 23.1 (2014): 1-27.
  • Vázquez, Mª José, Francisca Fariña, and Dolores Seijo. « Teorías explicativas del comportamiento agresivo y antisocial desde una perspectiva neuro-fisiobiológica. » Avances en torno al comportamiento antisocial, evaluación y tratamiento (2003): 17-38.