Psychiatrie nutritionnelle : qu'est-ce que c'est et comment aide-t-elle ?

La psychiatrie nutritionnelle étudie la relation entre la nutrition et la santé mentale. Bien qu'il s'agisse encore de recherche, les résultats sont prometteurs pour le développement de nouvelles thérapies.
Psychiatrie nutritionnelle : qu'est-ce que c'est et comment aide-t-elle ?
Maria Patricia Pinero Corredor

Rédigé et vérifié par la nutritionniste Maria Patricia Pinero Corredor.

Dernière mise à jour : 19 décembre, 2022

Nous voulons tous jouir d’une bonne santé mentale, mais les facteurs qui l’entourent sont complexes. Au sein de ceux-ci, la nutrition est crucial, d’où le domaine d’étude qui lie troubles psychiatriques et nutrition. Le manque de nutriments contribue à la mauvaise santé du cerveau. C’est précisément là qu’intervient la psychiatrie nutritionnelle.

Il s’agit d’un nouveau domaine de recherche qui utilise des aliments et des suppléments nutritionnels dans le traitement et la prévention des maladies mentales. Par exemple, bien que la médecine conventionnelle préconise davantage l’utilisation de médicaments et de thérapie dans le cas de la dépression, il a été déterminé qu’un manque d’appétit, des aliments sucrés ou le fait de sauter des repas peuvent affecter ce trouble.

Par conséquent, les facteurs nutritionnels qui sont étroitement liés à la cognition, au comportement et aux émotions humaines doivent être pris en compte. Dans cet article, nous vous montrons comment la psychiatrie nutritionnelle est complémentaire pour aider à améliorer les problèmes de santé mentale.

Comment l’alimentation influence-t-elle la santé mentale ?

4 des 10 principales causes d’invalidité aux États-Unis et dans d’autres pays développés sont des troubles mentaux. De plus, une de ses causes peut être un manque de certains nutriments.

Certaines études indiquent que de nombreux problèmes de santé mentale peuvent commencer par une réponse inflammatoire de l’intestin. La capacité de réponse est associée au manque de probiotiques, de micronutriments et d’oméga 3.

Un autre groupe d’experts renforce ces conclusions. Par exemple, les personnes souffrant d’anxiété et de dépression peuvent améliorer leur humeur avec des suppléments de zinc, de magnésium, d’oméga 3 et de vitamines B et D3.

Dans le cas particulier du magnésium, un supplément quotidien de citrate de magnésium s’est avéré entraîner une amélioration significative de la dépression et de l’anxiété, à tout âge, sexe ou niveau de maladie.

Concernant les oméga-3, certaines études considèrent qu’ils sont indispensables au développement et au fonctionnement du cerveau. Des faibles niveaux ont été liés à une mauvaise humeur, un déclin cognitif et une mauvaise compréhension.

L’utilisation des probiotiques a également été explorée en psychiatrie nutritionnelle. La recherche a montré que la prise quotidienne de bactéries vivantes saines peut réduire la dépression et l’anxiété. En fait, certains spécialistes ont inventé le terme « psychobiotiques » pour désigner les probiotiques ayant un impact positif sur la santé mentale.

Comment l'alimentation influence-t-elle la santé mentale?
La recherche a pu établir qu’il existe une relation entre la nutrition et la santé mentale.



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Quel est le but de la psychiatrie nutritionnelle ?

Une étude sur la psychiatrie nutritionnelle pose certains objectifs pour aborder la relation entre la nutrition appliquée aux troubles mentaux. Les principaux défis pour ce domaine de recherche sont les suivants :

  • Développer l’intervention diététique dans les troubles mentaux, au niveau clinique et de la population
  • Identifier clairement les causes biologiques qui soutiennent la relation nutrition-troubles mentaux
  • Développer des études scientifiques qui soutiennent l’effet des nutriments clés et des psychobiotiques dans les maladies mentale, et prédire leur réponse au traitement.
  • Mener des études observationnelles et expérimentales sur la psychose axées sur l’alimentation et les traitements diététiques.

Comment devrait être la nutrition selon la psychiatrie nutritionnelle ?

La psychiatrie nutritionnelle comprend une consommation élevée de légumes, de grains entiers, de noix, de poisson et de graines, et peu, voire pas, d’aliments transformés. De nombreuses études indiquent que les meilleurs aliments pour le cerveau sont ceux qui protègent le cœur et les vaisseaux sanguins. Ci-dessous, nous mentionnons les plus emblématiques à cet égard.

  • Poissons gras : Les poissons gras, comme le saumon, les sardines et la truite, sont une source d’acides gras oméga 3. Selon différentes enquêtes, ils peuvent aider à retarder la détérioration mentale et à prévenir la maladie d’Alzheimer. Une autre étude parle des oméga 3 et de leur efficacité antidépressive.
  • Fruis secs : selon le magazine Hospital Nutrition, l’acide gras linolénique contenu dans les noix aide à abaisser la tension artérielle et à garder les artères dégagées. C’est bon pour le cœur et le cerveau.
  • Fraises et myrtilles : Les pigments de ces fruits sont des anthocyanes. Selon un groupe d’experts, ils agissent comme des anti-inflammatoires et des antioxydants qui protègent contre le vieillissement cérébral et les maladies neurodégénératives.
  • Brocoli et légumes-feuilles : Les légumes verts tels que le brocoli, les épinards, le chou frisé et d’autres choux sont riches en vitamine K. La science suggère que la présence de cette vitamine peut aider à ralentir le déclin cognitif et à améliorer la mémoire.
  • Café et thé :  Des études montrent que la caféine peut stimuler la libération de sérotonine, une substance de bien-être. À long terme, la consommation de café peut diminuer le risque de maladie d’Alzheimer ou de Parkinson.
  • Curcuma : La curcumine, un ingrédient actif du curcuma, est un puissant antioxydant et anti-inflammatoire. Un examen détaille les avantages qu’il a sur la mémoire, et d’autres experts disent qu’il aide à lutter contre la dépression.



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L’importance du microbiote intestinal

Le microbiome intestinal fait référence aux millions de “bonnes” bactéries qui vivent dans le tube digestif et jouent un rôle essentiel dans la santé. Actuellement, il existe des arguments sur la relation entre la fonction cérébrale et le microbiote intestinal, et la possibilité qu’ils influencent les troubles neuropsychiatriques.

Les “bonnes” bactéries protègent la muqueuse intestinale et assurent une forte barrière contre les toxines et les “mauvaises” bactéries. De plus, ils ont un rôle bidirectionnel entre le tube digestif et le système nerveux central, appelé axe intestin-cerveau.

Certains experts considèrent que cet axe est à la base de nombreux troubles neurologiques à fort impact, tels que la maladie d’Alzheimer, la maladie de Parkinson ou la sclérose en plaques.

Importance du microbiote intestinal.
Une partie de la psychiatrie nutritionnelle est centrée sur l’étude de la relation entre l’équilibre du microbiome intestinal et la santé mentale.

La psychiatrie nutritionnelle : un domaine en développement

Bien qu’il existe de nombreuses preuves sur la qualité de l’alimentation et les maladies mentales courantes, elles sont basées sur des observations. Peu d’essais contrôlés randomisés ont été réalisés à cet égard, en particulier dans des groupes cliniques.

La plupart des études se sont concentrées sur l’analyse de la relation entre l’alimentation et la dépression. Mais d’autres maladies mentales plus graves, telles que le trouble bipolaire et la schizophrénie, ont fait l’objet d’un examen limité.

Malgré le fait que la psychonutrition soit un domaine de recherche très jeune, l’utilisation de compléments alimentaires devient un complément pour améliorer la santé mentale dans toutes les tranches d’âge.

Il est frappant de constater que la formation médicale n’inclut toujours pas le domaine des connaissances nutritionnelles pour le traitement des troubles mentaux dans le cadre de la formation professionnelle. Comme l’indique ce groupe d’experts, le traitement médical est dominé par les médicaments (comme les antidépresseurs) et les thérapies psychiatriques. Cependant, ceux-ci préviennent moins de la moitié de ces maladies.

En ce sens, une recherche suggère de rassembler les résultats d’études de haute qualité et de mettre en œuvre la psychiatrie nutritionnelle dans la pratique clinique. C’est une tâche importante pour l’avenir de ce domaine de la connaissance.

Society for Nutrition postule que les interventions nutritionnelles peuvent réduire considérablement le fardeau de la maladie mentale. Ils recommandent également d’examiner des preuves solides et de rassembler les communautés pour partager leurs conclusions.

Plus précisément, les objectifs clés seraient d’étudier le système immunitaire, la biologie oxydative, la plasticité cérébrale et le microbiome-intestin-cerveau.

Si une société avec une meilleure santé mentale est souhaitée, les médecins et les psychiatres doivent être clairs sur la relation entre l’alimentation et les troubles mentaux. La psychonutrition doit être une thérapie alternative ou complémentaire.

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