Le Nutri-Score : le nouvel étiquetage nutritionnel

20 janvier 2021
Le Nutri-Score présente une série de limitations dans la pratique. Néanmoins, il s'agit d'une excellente initiative qui permet de comparer des aliments du même type.

Le Nutri-Score est un nouvel étiquetage nutritionnel qui note les aliments en fonction de leur salubrité. Découvrez-en plus sur ce système.

L’évolution du Nutri-Score

L’algorithme qui sert de base au Nutri-Score a été créé en 2005 par une équipe de chercheurs de l’Université d’Oxford dans le but de réguler la publicité destinée aux enfants.

Plus tard, en 2015, en observant que son application à certains produits donnait des résultats incompatibles avec les recommandations nutritionnelles de santé publique, le Conseil Supérieur de Santé Publique de France a établi les critères pour parvenir à un algorithme qui donne des résultats cohérents pour n’importe quel produit.

La dernière modification a eu lieu il y a quelques mois et c’est l’Espagne qui en est « coupable ». L’algorithme de Nutri-Score donnait des notes négatives à l’huile d’olive alors qu’il s’agit d’un produit sain. Heureusement, la France a pris la pétition espagnole en compte et a éliminé l’huile d’olive de la liste des produits qui devraient se soumettre au Nutri-Score.

Le système Nutri-Score.

Comment fonctionne Nutri-Score ?

Le résultat final est un système d’étiquetage nutritionnel simplifié qui cherche à informer le consommateur de façon claire, simple et directe.

L’étiquetage s’affiche sur la partie frontale de chaque produit, en l’identifiant par une couleur qui va du vert (plus sain) au rouge (moins sain), en passant par trois options intermédiaires. Par ailleurs, chaque couleur est associée à une lettre (A-E) pour aider les daltoniens.

La classification est le résultat d’une opération mathématique qui établit que les calories, le sucre, le sel et les graisses saturées pénalisent, tandis que les fibres et les protéines rajoutent des points.

Les lettres du Nutri-Score.

Le système Nutri-Score utilise des lettres et des couleurs pour classer les aliments en fonction de leur salubrité.

Nutri-Score : une bonne mesure initiale avec des limitations

A priori, le système est une très bonne option pour sélectionner des aliments sains sans disposer de grandes connaissances nutritionnelles. Néanmoins, le système a encore certaines limitations qui, si nous ne les prenons pas en compte, pourraient nous mener à choisir des aliments non sains en pensant qu’ils le sont.

Le Nutri-Score ne s’applique qu’à des aliments avec plus d’un ingrédient

Cela ne signifie pas que les aliments qui ne contiennent pas d’étiquetage soient pires. Au contraire. Cependant, si on ne l’explique pas bien, on pourrait facilement en faire la lecture opposée : « s’il n’a pas d’étiquette, c’est qu’il est pire que les autres ».

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L’application du nouvel étiquetage nutritionnel est volontaire

Pour le moment, l’application du Nutri-Score est volontaire et chaque entreprise a le choix de l’afficher ou non sur chacun de ses produits.

A priori, le fait qu’une entreprise ait choisi de ne pas adhérer au système n’est ni bon ni mauvais. Or, on pourrait penser à tort que la qualité de leurs produits est identique à celle des aliments qui n’ont pas d’étiquette parce qu’ils ne doivent pas en avoir (fruit, légume, œufs…).

Coca Cola, PepsiCo, Nestlé, Mars, Unilever et Mondelez, en 2017, ont rejeté l’application du Nutri-Score et ont décidé de créer l’Evolved Nutrition Label (ENL). Il s’agit d’un système tricolore qui, après une analyse quantitative, donne une note par portion et non pour 100 g. Cela explique pourquoi leurs produits, en dépit de leur mauvaise composition nutritionnelles, obtiennent de bonnes notes.

Nutri-Score ne pénalise la présence d’aucun édulcorant

Une telle circonstance fait qu’un soda light, même s’il n’est pas sain, se retrouve dans la même catégorie que d’autres produits qui le sont. La même chose se produit avec les yaourts édulcorés qui ont d’aussi bonnes notes que leurs homologues naturels.

Il convient de rappeler que la présence d’édulcorants artificiels est nocive pour le microbiote intestinal car il altère sa composition et sa diversité. C’est ce qu’affirme un article publié dans la revue Food and Chemical Toxicology.

Cela réaffirme l’idée selon laquelle Nutri-Score n’est utile que pour comparer différentes options d’une même famille (types de céréales), différents produits d’une même marque (céréales au chocolat de différentes marques) ou différents produits qui partagent une occasion de consommation (céréales, biscuits, madeleines, etc.).

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Il ne met pas en avant la présence de graisses saines

Même si les graisses mono-insaturées ont démontré avoir un puissant effet cardioprotecteur et l’oméga-3 un grand effet anti-inflammatoire, selon une étude publiée dans la revue Biochemical Society Transactions, leur présence n’est pas évalué positivement dans la formule.

Nutri-Score ne prend pas en considération la qualité des protéines

Il semblerait que la qualité des protéines importe peu. Nutri-Score ne prend pas en compte leur valeur biologique (si elles se composent ou non de tous les acides aminés essentiels) ou leur digestibilité (quantité de protéines disponibles pour être utilisées par l’organisme).

Toutes les protéines ne se ressemblent pas et Nutri-Score ne le prend pas en compte.

Le nouveau système d’étiquetage nutritionnel pourrait donner des résultats incohérents

Dans la pratique, il semblerait que Nutri-Score puisse donner des résultats incohérents. Ceci se produit lorsqu’il note positivement certaines céréales qui, malgré leur énorme quantité de sucre, contiennent une grande quantité de fibres.

Leur haut contenu en fibres fait que le résultat final penche du côté vert de la balance, alors que la réalité est toute autre. Il est donc de nouveau évident que Nutri-Score ne permet pas n’importe quel type de comparaison.

Une bonne mesure initiale qui a besoin d’améliorations

Nutri-Score est une bonne mesure initiale selon la Santé Publique et ses limites ne sont pas graves au point de le nier. En fait, une étude menée en 2018, avec 12000 sujets de différents pays, a conclu que Nutri-Score constituait la meilleure façon d’identifier l’option la plus saine au sein d’une même catégorie. Voici quelques recommandations d’utilisation :

  • Les aliments réels, même s’ils n’ont pas d’étiquette, constitueront toujours la meilleure option.
  • N’utilisez pas ce système pour n’importe quelle comparaison mais pour comparer différentes options au niveau d’un même produit ou d’une même famille (différents types de céréales ou de boissons, par exemple) ou pour comparer des produits différents attribuables à une même occasion (gâteaux, snacks pour une fête d’anniversaire…).
  • Si vous devez choisir entre naturel ou édulcoré, choisissez toujours le naturel, peu importe ce que dise l’étiquette.

 

 

  • Lobach AR., Roberts A., Rowland IR., Assessing the in vivo data on low/no calorie sweeteners and the gut microbiota. Food Chem Toxicol, 2019. 124: 385-399.
  • Calder PC., Omega 3 fatty acids and inflammatory processes: from molecules to man. Biochem Soc Trans, 2017. 45 (5): 1105-1115.
  • Engenll M., Talati Z., Hercberg S., Pettigrew S., Julio C., Objetive understanding of front of package nutrition labels: an international comparative experimental study across 12 countries. Nutrients, 2018.